ETAT ET IA

État et IA: une union en bonne voie?

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En 2018, Emmanuel Macron présentait la stratégie de la France en matière d’intelligence artificielle. Deux axes majeurs sont au coeur de ce programme : la gestion des données et la transformation publique. 
Transformation cruciale tant l’utilisation optimale de l’intelligence artificielle revêt un caractère stratégique à l’échelle d’une nation.

Une utilisation pertinente de l’IA permettrait d’assurer un meilleur service public pour les usagers, d’améliorer les conditions d’exercice des agents et surtout de baisser les dépenses publiques: une opportunité non négligeable à l’issue de la crise sanitaire.

L’État étant le premier porteur de cette stratégie, de nombreux investissements publics ont été mis en place afin d’accélérer cette transformation des administrations publiques. Les montants alloués confirment une nouvelle fois la prise en compte de l’IA à titre de pôle de dépense éminemment stratégique. 
 Voici les divers investissements prévus par l’État sur les prochaines années :
  • 100 M€ par an de 2019 à 2025 pour le cœur de l’IA au sein du ministère des Armées
6 domaines d’investissement sont identifiés : l’aide à la décision et à la planification, le renseignement, le combat collaboratif, la robotique et le cyberespace.
  • 800 M€ pour l’amorçage et les premières commercialisations de projets en IA dans le cadre du plan “Deep Tech” 
  • 30 M€ respectivement pour soutenir deux projets d’innovation de rupture : amélioration du diagnostic en santé et certification de l’IA pour éviter les biais liés aux algorithmes (évaluation  éthique des algorithmes,consolidation des algorithmes grâce à un dispositif de certificabilité).  
Nombreux sont les exemples de cette volonté d’investissement du gouvernement : des outils d’intelligence artificielle et de datamining sont progressivement déployés au sein du ministères des finances publiques, le projet « Intelligence Emploi » avec pour budget 20 000 000 €. Initié par Pôle Emploi, il a pour ambition d’accélérer le retour à l’emploi, en donnant aux conseillers des outils d’intelligence artificielle.

Grâce à l’exploitation des données, les besoins d’accompagnement des demandeurs d’emploi sont mieux ciblés, la personnalisation des parcours est renforcée et les besoins de recrutement des entreprises sont mieux identifiés.

Dans la lignée de ces projets : l’appel à manifestation d’intérêt dédié à l’Intelligence Artificielle (AMI IA) . Lancé par la DITP*et la DINSIC**(désormais DINUM) le 14 juin 2018 dans le cadre du programme d’investissements d’avenir (PIA), il a pour mission d’accompagner les administrations qui souhaitent expérimenter des solutions d’IA.

« Avec cette expérimentation, nous montrons que l’État aussi est prêt à se saisir du potentiel de l’Intelligence artificielle pour transformer l’administration en profondeur et libérer la créativité de ses agents, afin d’offrir aux citoyens un service public plus performant et proche de leurs besoins »

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé du Numérique, lors du lancement de l'AMI le 14 juin 2018.
Cet appel a rencontré un réel succès auprès des administrations et un deuxième appel a été fait en 2019.
Les projets soumis visent des objectifs d’application de l’IA très variés : amélioration de processus de traitement des dossiers, analyse de données de masse pour l’aide à la prise de décision, amélioration de la relation usagers, amélioration de la veille stratégique, optimisation du ciblage des contrôles, analyse automatique de la règle de justice… 
La nature des candidats est également très diversifiée avec des directions d’administration centrale et des services déconcentrés mais aussi des établissements publics, des instances juridictionnelles, des acteurs du milieu universitaire ou hospitalier.
IA au service des politiques publiques
Il semblerait donc que l’État est bien décidé à se saisir pleinement du potentiel de l’IA. Des perspectives qui laissent songeur …
Aurons-nous bientôt une administration plus efficiente, des agents plus souriants et disponibles qui pourraient se recentrer sur leur cœur de métier car déchargés de tâches répétitives ? 
Si l’État parvenait à baisser ses dépenses publique grâce à la mise en place d’algorithmes pertinents pourrons-nous voir nos impôts diminuer ? 
Une chose sûre c’est que la transformation de l’administration publique est bien là !

Reste à savoir si la France saura relever le défi éthique de la gestion des données